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Mis à jour
24 novembre 2025
LNC2

Les rythmes cardiaques, respiratoires et gastriques modulent indépendamment l'excitabilité corticospinale motrice chez l'être humain

Le cerveau perçoit les signaux provenant de l'intérieur du corps parmi lesquels les rythmes du cœur, des poumons et de l'estomac. On sait désormais clairement que la manière dont le cerveau perçoit ces rythmes a un impact considérable sur la cognition et qu'il existe un couplage à grande échelle entre les rythmes du cerveau et ceux du corps. La plupart des théories ont, jusque-là, porté sur l'ensemble des rythmes corporels. Dans une étude publiée récemment dans PLOS Biology, Tahnée Engelen, Teresa Schumann, Alexander Sack et Catherine Tallon-Baudry, ont cherché à déterminer s'il pouvait exister des influences indépendantes des différents rythmes viscéraux (du cœur, des poumons et de l'estomac).

CerveauL'interoception désigne la manière dont le cerveau perçoit les signaux provenant de l'intérieur du corps. Certains de ces signaux sont de nature rythmique, comme les battements de notre cœur, l'expansion de nos poumons ou les contractions de notre estomac. Ces rythmes se produisent à différentes échelles de temps et ont des fonctions différentes, mais ils sont tous perçus en continu par le cerveau.

Il est important de noter que ces dernières années, il est apparu clairement que la manière dont le cerveau perçoit ces rythmes a un impact considérable sur la cognition et qu'il existe un couplage à grande échelle entre les rythmes du cerveau et ceux du corps. Cela a donné lieu à de nouvelles théories qui tentent de clarifier la fonction que pourrait avoir un tel couplage. Cependant, ces théories regroupent pour la plupart différents types de rythmes corporels, sans préciser si, par exemple, le couplage entre le cerveau et le cœur pourrait avoir une fonction différente ou fonctionner selon des mécanismes différents de ceux du couplage entre le cerveau et l'estomac.

Cette nouvelle étude menée par des scientifiques de l'équipe Subjectivity, Brain and Viscera, a cherché à déterminer s'il existait des influences indépendantes des différents rythmes viscéraux.

L'expérience a utilisé une forme de stimulation cérébrale non invasive (stimulation magnétique transcrânienne, TMS) permettant de stimuler directement le tractus moteur corticospinal chez des participants et des participantes en bonne santé. Chaque fois que la stimulation se produit, une réponse musculaire est provoquée, dont l'amplitude varie intrinsèquement. Pendant cette stimulation, les rythmes cardiaque, respiratoire et gastrique ont été enregistrés, ce qui a permis de vérifier si ces variations d'amplitude de la réponse motrice pouvaient s'expliquer par les rythmes des viscères, ce qui s'est avéré être le cas. Il est toutefois important de noter qu'il a été démontré que le couplage entre l'un des organes internes et le cerveau ne correspondait pas nécessairement au couplage entre le cerveau et les autres organes. Cela signifie que les participants et les participantes pouvaient présenter des profils uniques, montrant par exemple un couplage cœur-cerveau fort sans couplage fort entre les autres organes et le cerveau.

Ces résultats ont des implications importantes pour les théories donnant des interprétations fonctionnelles du couplage cerveau-corps, car les mécanismes et les fonctions peuvent différer pour chacun des systèmes organiques.

Engelen T, Schuhmann T, Sack AT, Tallon-Baudry C (2025) Cardiac, respiratory, and gastric rhythms independently modulate motor corticospinal excitability in humans. PLoS Biol. 23(11): e3003478. https://doi.org/10.1371/journal.pbio.3003478